12.03.2009

Snob toujours !

A l'occasion de l'ouverture du salon du livre de Paris, nos confrères d'Ozap ont interviewé François Busnel, critique littéraire et animateur de la Grande librairie. A l'opposé d'un Naulleau, François Busnel et son brushing velouté chuchotte à l'oreille des auteurs d'une voix suave, le tout confortablement lové dans des fauteuils en velours. Suranné ? Pour ce fils spirituel de Pivot, vulgarisation n'est pas un gros mot...

Pour capter un large public, à chacun sa méthode : la polémique façon Ardisson, la complicité façon Busnel... Pourtant, au vu des audiences, le public ne suit pas, que faire ?

Peut-on parler de livres à la télé ? La télé parle-t-elle de livres ou de littérature ? Les auteurs ont-ils intéret à se montrer - ou pas - à la télé ?

 

La télé fait-elle vendre des livres ?

En juin dernier, la suppression de plusieurs émissions littéraires - Vol de Nuit sur TF1; Esprits Libres sur France 2 ; le Bateau livre sur France 5 - avait suscité la colère du petit monde de l’édition et l’émoi du président Sarkozy, qui avait exprimé son désir de créer une grande émission littéraire sur le service public. Aussitôt dit, aussitôt fait : avec 10 nouvelles émissions littéraires* ou parlant de livres, les chaînes ont mis les petits plats dans les grands. Malgré ces efforts, le public ne suit pas. En cumulé, les deux émissions littéraires du service public ont rassemblé 630 000 téléspectateurs** sur un pays de 63,8 millions d'habitants, une goutte d’eau par rapport aux 486 millions de livres vendus en France en 2007 (source SNE).

*Café Littéraire, La Grande Librairie, Field de la nuit, Langues de bois s’abstenir, Vendredi si ça me dit (supprimé fin novembre), L’objet du scandale, Arte culture, Tous les goûts sont dans la culture, Dans quel état-gère, Ca a commencé comme ça

** pour leur première émission


“Vu à la télé”, est-ce que ça fait vendre ?
Un passage à la télé, est-ce le succès - et des ventes - assurées ? Pas si simple, aux dires des professionnels de l’édition. « Il faut distinguer les émissions culturelles des talk-shows. Ce qui passe à la télé dans les émissions de divertissement - à savoir les livres de people, de porno stars - oui ça marche, mais ce ne sont pas des livres », explique Gilles Cohen-Solal, éditeur chez Héloïse d’Ormesson. Quant aux émissions littéraires, outre une audience confidentielle, elles sont loin de convaincre les éditeurs (VOIR ENCADRE).

Qui fait vendre cette année ?
A la demande du Syndicat National de L’Edition, l’agence IMCA a réalisé une étude qui dresse le palmarès des émissions les plus prescripteuses. Première surprise, sur la première marche du podium, on retrouve Télématin, loin devant Durand, ou Picouly, les VIP de luxe des émissions culturelles… Tout aussi étonnant, les programmes courts - Dans quel éta-gère sur Fr 2 et Un livre, un jour - sortent du lot avec 28, 5 et 11,5 % de PDM.
Guillaume Robert, éditeur chez Flammarion, regrette l’arrêt de On a tout essayé, l’émission la plus vendeuse du PAF : « 5 M de personnes regardaient Ruquier, ils sont 500 000 sont devant leur petit écran pour La grande librairie. L’impact sur les ventes est mécanique, le ratio va de 1 à 10 : là où Ruquier faisait vendre 5000 ex, Busnel en fait vendre 500»

ENCADRE
Les émissions au banc d’essai, l’avis de Gilles Cohen Solal, éditeur
Busnel/ La Grande Librairie : « le seul vrai pro qui ne mélange pas les genres ! Et il a lu les livres ! »
Picouly/Café Littéraire : « trop gentil avec tout le monde genre : " vous connaissez mon chien ? caressez ma femme !"
Field/Field de la nuit : "il se la joue tellement qu'il y a un moment où l'on se demande si le philosophe qui compte au monde c'est Socrate, Spinoza, Hegel ou lui...!"
Durand/L’objet du scandale : "Guillaume est sympathique mais la vedette de ses émissions ce ne sont pas son/ses invité(s) , c'est lui. En plus il faut qu'il change de coiffeur sa teinture est mal faite !"


Comment parler de livres à la télé ?


Si la télé n’a jamais autant parlé de livres, l’audience des émissions culturelles est en chute, souligne le rapport du SNE. Il faut dire que depuis le mythique Apostrophes, les rendez-vous littéraires ne se sont pas beaucoup renouvelés. «Pour attirer un nouveau public, plus jeune, il est temps de casser les codes », explique Guillaume Robert. Et d’ajouter : « Il y a quelques années Evelyne Thomas avait tenté le pari avec C’est mon choix de lire, une bonne façon de toucher un public qui ne regarde pas les émissions culturelles ».
Parmi ses propositions, le SNE suggère d’ailleurs de s’inspirer du show de Oprah Winfrey. Chaque semaine, la star de la télé américaine présente ses coups de cœur, et ça marche ! Pourquoi ne pas demander à des animateurs populaires comme Jean-Luc Delarue ou Michel Drucker de parler de livres dans leurs émissions, suggère Guillaume Durand.


nina.jpgLa tentation du people : faut-il être beau pour passer à la télé ?
A l’instar d’un Frédéric Beigbeder pour qui « il faut trouver des trucs pour rendre la littérature sexy aux yeux du public », les écrivains ont bien compris l’importance de l’image. Ils sont jeunes, beaux, ils ont 30 ans et des poussières : Florian Zeller, Nicolas Fargues, Claire Castillon, Nina Bouraoui semblent sortis d’une agence de mannequins, ce sont les chouchous des médias. «Pour passer à la télé, mieux vaut être brune aux yeux bleus, jolie », ironise Gilles Cohen Solal. Quitte parfois à en faire trop ?

ENCADRE
Le contre exemple : Anna Sam
A l’origine des Tribulations d’une caissière (ed Stock) une inconnue et son blog :http://caissierenofutur.over-blog.com/. Repéré par un éditeur, le blog devient un livre en juin 2008. En quelques semaines, Anna Sam est invitée partout : On n’a pas tout dit, Vivement Dimanche, Esprits Libres, C’est au programme... Aujourd’hui, le livre a dépassé les 20 000 exemplaires.

Fournier : la bonne surprise
Où on va papa ?, Ed Stock
Soutenu par les libraires et auréolé du Prix Femina, le récit de ce papa de deux fils handicapés a bénéficié d’un fort soutien télé, avec un reportage dans 7 à 8
=>chiffres de vente 360 000 ex !

Promo : certains en font-ils trop ?

En cette rentrée télé et littéraire, difficile de passer à côté des confessions intimes des Catherine (Millet), et des Christine (Angot) présentes sur tous les plateaux pour parler littérature... mais surtout de leurs histoires d’amour. Malgré cette exposition, les ventes du Marché des Amants (pour lequel Christine Angot a touché un à-valoir record de 220 000 euros), ne dépasse pas les 20 000 exemplaires (source GFK). Et c’est peut-être ça le problème. Catherine Millet racontant ses crises de jalousie, Christine Angot évoquant sa liaison avec Doc Gyneco, Amanda Sthers cuisinée sur sa rupture avec Patriiiiiick Bruel, est-ce vraiment de la littérature ? A vouloir séduire à la fois les amateurs de livres et le grand public, la télé ne perd-elle pas sur les deux tableaux...


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